La boutique du tennis

Pourquoi le jeu d’attaque est plus difficile que le jeu de défense au tennis #3 : le mental

Dans ce troisième article, nous allons voir pourquoi il est plus difficile mentalement d’attaquer que de défendre, à travers quatre obstacles mentaux à la pratique du jeu d’attaque.

Je voudrais tout d’abord préciser que si j’oppose depuis deux articles, attaquants et défenseurs, tout n’est pas si simple que ça et en réalité l’immense majorité des joueurs est amené à la fois à défendre et à attaquer. Bien sûr, il existe des défenseurs extrémistes qui parviennent à des classements très honorable (voire haut) sans jamais faire de points gagnants, sans jamais volleyer (ou presque) sans jamais accélérer la balle. Ils ne sont pas si fréquents que ça.
A l’inverse, les attaquants qui ne font qu’attaquer sont très rares et presque tous sont amenés à défendre à un moment ou à un autre. Le seul cas ou un attaquant passera tout son match à attaquer, c’est quand il rencontrera un renvoyeur pur et dur. Et encore, ce ne sera pas systématique car un attaquant privé de la volonté d’attaquer pourra très bien passer son match contre le défenseur à …défendre (rester en fond de court sans attaquer). L’inverse est faux et il sera très rare de voir un défenseur pur et dur passer tout un match à attaquer sous prétexte qu’il n’aura pas la volonté de défendre.

Les obstacles mentaux au jeu d’attaque

plus fragile un attaquant? ©Mariane Bevis

Avant d’énumérer ces obstacles, je voudrais souligner que la valeur mentale d’un joueur ne dépend pas de son style de jeu, même si les obstacles au jeu d’attaque sont plus nombreux et plus difficiles à surmonter que les obstacles au jeu de défense.
Jean Philippe Vaillant, le sophrologue du sport qui a écrit l’ouvrage de référence Tennis : pensez comme un champion, explique que se sont essentiellement des joueurs qui optent pour l’attaque qui viennent le consulter.
De ce fait on peut émettre deux hypothèses, la première est que les attaquants sont plus fragiles mentalement que les défenseurs, la deuxième est que le jeu d’attaque est plus difficile mentalement que le jeu de défense. La première hypothèse est peut être aussi une conséquence de la deuxième.

Obstacle 1 : La peur

Quel risque réel à jouer l’attaque ©Charlie Cowins

C’est le premier obstacle qui se dresse devant le joueur qui souhaite attaquer. Cette peur est irrationnelle d’ailleurs car que risque réellement le joueur qui prend la décision d’attaquer ?
Mettre son attaque dans le filet ou dehors, manquer sa volée, se prendre une balle de tennis, perdre le point, se faire passer ou lober ?
Rien de très grave si on est objectif. Pourtant, nombre d’attaquants, sur certain matchs, cessent d’attaquer momentanément ou définitivement, paralysés par cette peur.
A l’inverse, le défenseur est très rarement victime d’une peur de défendre. Tout simplement parce qu’il n’a pas le choix. Il réagit à une action adverse.
Mon adversaire me fait courir, je cours. Mon adversaire monte au filet, je tente le passing ou le lob (ou je fais jouer mon adversaire).

Obstacle 2 : Quantité de décisions à prendre

En ce qui concerne le nombre de décisions à prendre, la balance penche très nettement en faveur du jeu d’attaque. Un attaquant se demande constamment:

  • Est-ce que je monte ou pas ?
  • Est-ce que je prends la balle de volée ou est-ce que je laisse rebondir ?
  • Est-ce que je remets, j’accélère est-ce que je fais une approche (balle moyenne ou facile)?

A l’inverse, le défenseur laisse presque toujours rebondir la balle, remet presque systématiquement sur les balles moyennes et facile et monte peu au filet à moins d’y être contraint.

Obstacle 3 : Non maîtrise de son destin

Un défenseur est presque sûr, avant de démarrer son match, qu’il va pouvoir jouer son jeu c’est-à-dire renvoyer. La seule exception à cette affirmation étant le défenseur qui rencontre un attaquant pur qui va jouer un jeu d’attaquant pur et qui va le priver d’échange.
Un attaquant, lorsqu’il entre sur le court, ne sait pas s’il va pouvoir attaquer. En effet pour attaquer, il faut:

  • Etre dans de bonnes dispositions mentales, avoir l’envie, la Grinta, le courage et une certaine agressivité.
  • Ensuite avoir la possibilité technique de jouer à l’intérieur du court pour profiter des balles courtes.
  • Mettre dans le court ses approches et dans les bonnes zones
  • Bien servir (sinon, ce n’est même pas la peine…)
  • Enfin avoir un adversaire qui lui laisse l’occasion de déployer son jeu. Qui ne joue pas trop long (fond de court, service, retour), trop rapide, qui n’attaque pas avant lui, qui ne joue pas trop haut.

Le défenseur joue en réaction : mon adversaire attaque, je défends. Mon adversaire n’attaque pas, je défends.

Bien sûr, passé un certain niveau, le défenseur fait des attaques tactiques. Comme le requin qui flaire l’odeur du sang, le défenseur de haut niveau au moment où le moral de son adversaire descend en dessous de la cote d’alerte, exécute un ou deux service-volée ou chip and charge pour l’achever.

Obstacle 4 : La confiance

La confiance est plus difficile à gagner chez un attaquant que chez un défenseur. Si on part du principe que la confiance se gagne par l’accumulation de réussites, un attaquant se verra en réussite s’il réussit un bon pourcentage de points gagnants alors qu’un défenseur prendra confiance certes en réussissant des points gagnants mais surtout sur les fautes adverses. Le rapport n’est pas du tout le même. Le tennis étant un sport où il y a presque toujours plus de fautes (directes ou forcées) que de points gagnants.
L’attaquant est plus sujet à la frustration pour cette même raison puisqu’il échouera plus. Il aura aussi plus la peur de rater. Il sera plus exposé à des émotions fortes. Il s’énervera plus rapidement

Pourquoi attaquer si c’est plus dur ?

C’est la question que l’on peut légitimement se poser au regard de ces trois articles.
Je vais avoir deux éléments de réponses à cette question :

Une démarche pragmatique

Sauf exception, pour progresser au tennis. Il est nécessaire de savoir attaquer. Un défenseur qui sait attaquer est plus fort tennistiquement qu’un défenseur qui ne sait que défendre. Un attaquant qui maîtrise son jeu d’attaque (qui pratique un jeu d’attaque pourcentage) sera pratiquement irrésistible.

La personnalité propre à chaque joueur ou joueuse.

Il y a des profils psychologiques d’attaquant et d’autre de défenseurs. Certain joueurs (j’en fais partie) ne peuvent se résoudre à attendre la faute adverse, n’ont pas la patience, pas l’endurance physique, mentale ou technique pour ça. Ces joueurs ou joueuses, ont besoin de prendre en main leur destin, de provoquer les choses, de bousculer leurs adversaire, de marquer des points gagnants.
Bref, ces attaquants dans l’âme, ont besoin d’attaquer et doivent se résoudre à apprendre le difficile art de l’attaque au tennis pour perdurer dans ce sport.

Cette entrée a été publiée dans Compétition, avec comme mot(s)-clef(s) , , . Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien.

3 réponses à Pourquoi le jeu d’attaque est plus difficile que le jeu de défense au tennis #3 : le mental

  1. BERTHET dit :

    Excellents conseils. Agé de 83ans, je joue en double une fois par semaine et j’essaie chaque fois, comme vous le souligner de « slacer » les balles entrai Jnant la rotation du poignet, pas évident à réaliser. J’attache beaucoup d’importance au placement, c’est 50% de la réussite. On le voit même les joueurs de très haut niveau par un mauvais placement ratent leur cible.

    • Vincent dit :

      Merci pour ce commentaire encourageant : replacement, déplacement et placement sont effectivement des composants essentiels d’un jeu efficace et c’est sans doute encore plus important en double ou il faut en plus tenir compte de son partenaire !

      Bon tennis à vous

      Vincent

  2. Hivert Thomas dit :

    Article intéressant. Le jeu d’attaque nécessite beaucoup de confiance, et requiert un travail sur soi pour réussir.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *