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La theorie des angles au tennis, partie 2 : dominer son adversaire geographiquement.

La première fois que j’ai vu jouer André Agassi c’était en 1991, à Roland Garros, un mercredi de première semaine sur le court 1, face au tchèque Petr Korda . Je dois avouer que dans un premier temps, j’ai été déçu. Quelques heures, avant J’avais pu admirer, sur un court annexe, le très puissant argentin Alberto Mancini.

Alberto Mancini était auréolé des titres de champion de Monte-Carlo et Rome 1989 et avait fait étalage d’une virilité et d’une puissance dévastatrice pour venir à bout du croate Goran Prpic.

Andre Agassi ©carine 06

La comparaison au niveau de la puissance de frappe était nettement en défaveur de l’américain, alors que je m’attendais à un feu d’artifice de la part du kid de Las Vegas. Seulement, un paramètre important était alors à prendre en compte : la position des deux joueurs sur le terrain.

Quand Mancini frappait ses balles à quatre mètres derrière la ligne de fond, André Agassi distribuait le jeu à 50 cm derrière et avançait à l’intérieur du court, dès qu’il pouvait.

Agassi se défit de Mancini en huitième de finale et se fraya un chemin jusqu’ à la finale.

La technique, la musculature et le relâchement d’Agassi aurait pu lui permettre de frapper aussi fort qu’Alberto de la même position du terrain. Son choix fut celui de jouer au ping-pong les pieds sur la table (comme aurait dit Coluche), le bon choix.

 

Le tennis, un jeu de gagne-terrain ?

Le tennis est souvent comparé au jeu d’échec de par ses implications tactiques. Cette analogie, que je trouve plutôt galvaudée, trouve pourtant une certaine pertinence dans l’importance du positionnement des joueurs dans le terrain. Aux échecs, plus vous contrôlez de cases plus vous augmentez vos chances de gagner. Au tennis, le contrôle du terrain adverse vous octroiera un avantage souvent décisif.

plus dans le terrain, plus de possibilités

Le joueur situé en A2, en se rapprochant du filet, augmentera ses chances de déborder l’adversaire. L’angle de ses possibilités est alors plus ouvert. Les zones hachurées en rouge représentent la différence de terrain à couvrir pour le joueur situé en B1.

plus loin du fond, plus à courir

On s’intéresse ici au défenseur qui s’est correctement placé en B1 sur la bissectrice des angles des possibilités du joueur placé en A2 . Vous remarquerez que si ce joueur situé en B1 recule en B2 sa zone à couvrir devient plus importante.

Conséquences sur le jeu

Dans cette deuxième application de la théorie des angles, chaque mètre que vous gagnez en direction du filet entraine un avantage pour vous et un handicap pour votre adversaire. Si votre adversaire recule de la même distance, votre avantage double.

En 1999, quand Agassi a gagné Roland-Garros, tous les commentateurs se sont extasiés sur les qualités physiques extraordinaires d’Agassi qui, à près de 30 ans, possédait le meilleur jeu de jambes du circuit. Ce qui semblait d’apparence surnaturel, fût expliqué de manière rationnelle par des études poussée sur le jeu de l’américain. Une mesure du déplacement du joueur démontra que grâce à un positionnement très à l’intérieur du court, Agassi parcourait en moyenne une distance de 30% inférieure à celle des autres joueurs. La théorie des angles avait trouvé son meilleur ambassadeur.

Application pratique pour tous niveaux

1 En fond de court, rechercher la longueur

Pour les coups joués dans l’axe, la qualité de longueur de votre balle sera presque toujours préférable à la puissance de votre coup. Un coup joué à vitesse modéré et long qui maintiendra votre adversaire au fond du court sera bien meilleur qu’un coup puissant qui rebondira dans le carré de service et présentera le risque de permettre à votre adversaire d’avancer.

Si on m’annonce que mes prochains adversaires joueront puissants et court, je signe tout de suite.

2 Avancer sur les balles courtes

Evident dans la théorie, mais dans la pratique, trop de joueurs reculent après avoir relancé une balle courte. Quel dommage de voir annulé un avantage parfois acquis de haute lutte après un long échange.

Prenez l’habitude, même si vous êtes un inconditionnel du jeu de fond de court, de suivre systématiquement les balles courtes au filet. A force de pratique vous convertirez ces balles en points gagnants et votre jeu prendra une autre dimension.

3 Prendre la balle le plus tôt possible

Une qualité à travailler pour tous les joueurs et joueuses en gardant à l’esprit que si on avance dans le terrain on est pas obligé de frapper aussi fort. La perte de vitesse de balle est largement compensée par les avantages qu’apporte le gain de terrain.

4 Savoir reculer aussi pour effectuer un coup de défense de meilleure qualité

Contre-indication de l’article, si vraiment l’adversaire a pris un avantage sur vous, ne cherchez pas comme moi à tenter le passing désespéré en demi-volée qui atterrira dans les bâches ou le bas du filet. Faites confiance à votre jeu de jambe, reculez et appliquez-vous à renvoyer un lob profond ou une balle dans les pieds de votre adversaire.  Cela lui donnera une occasion de plus de faire une faute.

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6 réponses à La theorie des angles au tennis, partie 2 : dominer son adversaire geographiquement.

  1. métais rolande laurette dit :

    Tout ça c’est de la belle théorie! Mais en pratique, il faut avoir du souffle!

  2. Vincent Bonnin dit :

    Mais non Rolande Laurette, ce n’est absolument pas une question de souffle.
    En appliquant la théorie des angles, on réduit la distance parcourue et, par là même, on s’économise physiquement.

  3. maigrir dit :

    Bonne théorie, à pratiquer sur les courts aussi vite que possible ! Le soleil revient demain, il est temps d’y retourner 😉
    adam

  4. Bloupy dit :

    Super site

  5. benoit dit :

    Très bonne attitude que de jouer les balles courtes en coups d’approches mais je suis un joueur de tennis gaucher avec une prise de raquette eastern donc sur balles courtes ma fenêtre est très réduite aux dessus du filet si je veux mettre un peu de jus sur celle ci . Est il conseillé de changer de prise ou préférable d,accepter le risque.
    benoit .

    • Vincent Bonnin dit :

      Merci benoit pour ta question,

      Si tu es à l’aise avec ta prise eastern en coup droit et que tu te retrouve avec une balle courte et basse je te conseille une attaque à plat (ou légèrement coupée) en poussant simplement la balle et en cherchant la cible qui va mettre ton adversaire le plus en difficulté. Je ne me prive d’ailleurs pas de le faire régulièrement avec beaucoup de réussite. L’important n’étant pas de faire un coup gagnant mais de gagner du terrain pour préparer une volée de conclusion courte et croisée par exemple.

      Chercher à frapper une telle balle avec une prise semi-fermée n’est pas risqué mais suicidaire (si tu ne possède pas le poignet de Federer). Si tu souhaites frapper de telles balles, une fermeture de ta prise te permettrait de pouvoir imprimer plus facilement l’effet lifté.

      En conclusion n’aie pas peur d’avoir deux prises en coup droit. Une prise ouverte pour les coupés et les volées et une prise plus fermée pour les coup droit frappés et liftés. La plupart des bons joueurs font comme ça.

      Pour un rappel des prises de raquettes utilisées en coup droit

      http://blog-tennis-concept.com/prise-de-raquette-coup-droit-de-tennis/

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