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Découvrez les secrets de fabrication du moteur de votre raquette de tennis

Cordage moteur de ma raquette

Mettez un tigre dans votre raquette ©Babolat

Quand on pense amélioration de son niveau de jeu par le choix de son matériel, on se réfère en premier lieu au cadre de la raquette, puis aux chaussures, aux balles, éventuellement aux vêtements et aux accessoires mais plus rarement au cordage. Pourtant, le cordage compte pour plus de 50% dans les performances de la raquette et un grand nombre de joueurs amateurs ignorent tout du cordage avec lequel ils jouent. Je vais donc vous proposer une série d’article sur le cordage afin que vous soyez armé pour prendre les meilleures décisions à propos de cet outil fondamental. Nous commencerons tout d’abord par la fabrication des cordes de raquette en compagnie de l’entreprise Babolat un des leaders mondiaux du secteur.

Sur les traces de l’inventeur du cordage

Au début, quand on démarre le tennis, on achète une raquette déjà cordée. Après, on a tendance à corder avec n’importe quoi, c’est-à-dire avec ce que l’on nous présente. Il est vrai que c’est souvent dans l’urgence que l’on fait recorder sa raquette. On a bien sûr attendu de casser avant de porter son cadre au magasin de sport. En plus, on ne possède qu’un modèle de ce cadre fantastique avec lequel on se sent si bien. Pourtant, le cordage c’est au moins 50 % des performances de votre instrument et il suffit de voir avec quelle minutie et quel soin on fabrique les cordages haut de gamme pour mesurer l’importance du choix du moteur de votre raquette.

Stockage Matériel Babolat

Babolat prépare et expédie à Corbas du matériel de tennis pour le monde entier ©Vincent Bonnin

C’est sur l’invitation de la société historique Babolat que je me suis rendu dans la région Lyonnaise pour visiter l’usine de cordage de Corbas. Pour un bref rappel historique, ce sont les établissements Babolat-Monnier dirigé par Pierre Babolat qui ont fabriqué le premier cordage de tennis en boyau naturel en 1875. Et pour faire un raccourci fulgurant, la société internationale Babolat, dirigé par Eric Babolat (5eme du nom), est aujourd’hui (résultats 2012) le numéro un mondial du cordage*, en part de marché (en valeur).

Les cordages Babolat sont fabriqués sur deux sites en France. L’usine de Corbas (Banlieue Lyonnaise) fabrique les cordages synthétique tandis qu’un autre site de production situé en Bretagne près de Quoëtquidan fabrique le mythique cordage en boyau naturel VS (oui, celui avec lequel jouaient les Bjorn Borg, Pete Sampras et plus près de nous Kim Clijters).
Il aurait été sûrement très intéressant de vous raconter la fabrication semi-artisanale (plusieurs opérations nécessitent encore l’intervention humaine) des cordages en boyau naturel, mais il y a de forte chance que vous ne fassiez jamais corder votre raquette avec du boyau (quoique…). Nous verrons les descriptifs et caractéristiques des différents types de cordage plus tard.

Les étapes de la fabrication d’un cordage synthétique multifil

Les chaines de fabrication des cordages Babolat se trouvent au cœur de la plateforme de stockage des produits de la marque. Les 25.000 M2 du site entièrement dédiés au matériel de tennis permettent au service logistique l’expédition des produits dans le monde entier (hors USA).

Si la fabrication des cordages en boyaux naturels de bovins tient encore, pour une large part, de l’artisanat, la fabrication d’un cordage de raquette synthétique tient plutôt de la chimie et de la plasturgie.

Assemblage des filaments

Babolat_2013 cordage Multifils

Bobines de filaments servant à l’assemblage des cordages multifils ©Babolat

La fabrication démarre avec des bobines de 10.000 m de 140 filaments en polyamide. La finesse de chaque filament fait penser à un faisceau de fil de soie. Une dizaine de bobines servent à l’assemblage de la corde (Brio dans ce cas précis), ce qui fait, si vous comptez de la même manière que moi : 1400 filaments par corde (d’où la finesse de chaque filament).
Le faisceau de filaments obtenu est ensuite dégraissé et noyé dans un bain de pastique chaud afin que chaque fil soit séparé et indépendant des autres lors de cette phase appelée aussi collage (si j’ai bien compris). Le tout est ensuite refroidi puis enroulé, dans une bobine de 10 000 m dont les 40 derniers mètres sont prélevés pour un premier contrôle.
Une fois le contrôle concluant, le cordage obtenu n’est pas jouable en l’état. Il casserait très facilement et nous allons voir ensemble pourquoi.

Torsion

Il manque en effet une opération essentielle qui est effectué par un rouleau qui tord la corde obtenue (comme quand vous tordez une serpillère humide pour l’essorer). La corde ainsi torsadée devient plus solide et plus élastique. Selon le degré de torsion, le cordage sera à la demande plus souple, plus solide ou plus élastique.

Gainage

Babolat 2013 Impregnation des fibres

Imprégnation des fibres ©Babolat

Il reste à présent à gainer la corde avec une première épaisseur de 2 centièmes de mm de polyuréthane. Cette gaine donne la résistance à l’abrasion ainsi qu’une première teinte au cordage.
La deuxième épaisseur de polyuréthane (2 centièmes toujours) apporte d’autres qualités au cordage que sont la souplesse et la cordabilité.
Il ne reste plus qu’à marquer sur le cordage le numéro du lot, ainsi qu’à rajouter le silicone qui permettra la glissance de la corde dans le cadre de la raquette.
Vous allez me dire que si la corde glisse à travers les montants de la raquette au moment de son cordage, elle ne pourra pas accrocher la balle pour lui donner du lift.
Je vous répondrais alors que sans glissance, le cordage se détériorerait au moment de la pose en accrochant les montants du cadre de la raquette.
Ainsi est l’art de la conception du cordage : une suite de compromis.
L’opération de torsion du cordage fait perdre à la bobine (de 10 000 m) entre 300 et 400 m de longueur (revisualisez pour ça la serpillère). Cependant, les bénéfices de l’opération de torsion, en termes de qualité de cordage, compensent largement cette perte.
On prélève à ce stade les dernier 40 mètres de cordage fabriqués qui passeront en salle de contrôle.

Contrôle qualité

michel cerf Babolat

Michel cerf responsable de production vous présente un rouleau de 10.000 mètres de cordage ©Vincent Bonnin

La salle de contrôle qui est un laboratoire climatisé où il fait toute l’année 22 degrés et 55% d’humidité. Muni des fameux 40 mètres de cordage, ces derniers vont être observés, touchés et étirés pour vérifier qu’ils répondent bien au cahier des charges de la marque. Ils seront aussi posés sur des raquettes (test de cordabilité). Très peu de produits sont défectueux. En comptant test, défectueux et démonstrations : 98 % de la production peut être mise à la vente.
J’ai pu ainsi voir un brin de pro hurricane tour (le mono filament avec lequel je joue) supporter une charge de 106 kilos avant de lâcher.
Le site de Lyon-Corbas comprend 16 lignes de production polyvalentes qui produisent selon les besoins n’importe laquelle de la dizaine de référence des cordages multifils Babolat déclinées chacune en 4 jauges et différentes couleurs. Deux lignes de production sont entièrement dédiée à la mise au point des prochains cordages de la marque (cordages prototypes).

Découpage

Babolat 2013 Conditionnement bobines RPM Blast

Après découpage, on conditionne le cordage en boites individuelles ou en bobines ©Babolat

Les Bobines de 10 000m fabriquées sont découpées quotidiennement 24H/24. Les cordages sont conditionnés en boite de 12m (pour corder les raquettes à l’unité ou en bobine de 200m). Le fameux cordage RPM blast de Rafa Nadal fait exception à la règle puisque les bobines revendues au détail font une longueur de 100m. Chaque bobine conditionnée est parée d’un numéro de série qui permet la traçabilité du produit en cas de problème (Bris de cordage prématuré). Après les tests extrêmement sérieux du contrôle qualité, il s’avère que les très rares soucis sont dus le plus souvent à des mauvaises conditions de stockage des cordages revendus.

Un mot sur la recherche développement et les tests des prototypes

Après la visite de l’usine de fabrication de cordage, j’ai eu le privilège de pouvoir visiter la salle de test des futurs cordages Babolat. Cette salle des tortures (du matériel) se situe dans les locaux administratifs de la marque, en centre-ville de Lyon.
Une fois les cordages prototypes sortis des lignes de production de l’usine, il est bien sûr nécessaire de les tester.

Une partie des tests est mécanique et une autre à dominante sensorielle est réalisée par des joueurs. En effet, certaines caractéristiques comme le contrôle, la prise d’effet, la vibration, la tolérance, la raideur à l’impact où la qualité du son ne peuvent être jugées que par des êtres humains. Cette deuxième partie de test est essentielle. Imaginez que le cordage le plus performant du monde émette un son de casserole ou de poêle à frire, il sera, bien évidemment, injouable (et invendable).

Les testeurs humains corroborent d’ailleurs (ou infirment) les données mesurées mécaniquement. Babolat collabore avec une vingtaine de joueurs pour les tests sur un même cordage car les usures seront différentes selon les plans de cordage, les styles de jeu et, bien sûr, le niveau des joueurs. Pour vous donner une idée, la rotation imprimée à la balle en coup droit par un lifteur amateur classé en deuxième série française (bon niveau) sera en moyenne quatre fois moins importante que cette même rotation imprimée par Rafael Nadal.

Tennis  Australian Open 2013  Jo Wilfried Tsonga

Jo Wilfried, parfaitement satisfait de son cordage ©Babolat

Après ce long préambule sur la nécessité de l’intervention humaine dans les tests de cordage. Je vais enfin évoquer pour vous deux machines que j’ai vues en action.

La première est un canon qui propulse des balles à 100 km/h sur un cordage monté sur un cadre en métal simplifié. Il suffit de comparer pour chaque cordage le nombre de balles renvoyées par ce cadre avant de casser pour étalonner la résistance des cordages testés.

La deuxième machine oppose une corde tendue à une sorte de marteau qui va rebondir dessus à intervalle régulier. On mesure ici le rebond (puissance du cordage), la surtension (rigidité du cordage au moment précis où le marteau fait plier la corde) et la perte de tension du cordage au fil du test.

Vous en savez à présent beaucoup plus sur le cordage que la plupart des joueurs de tennis et dans un prochain article je vous donnerais des conseils pour mieux choisir votre cordage. Je vous invite en attendant à me faire part dans les commentaires ci-dessous du rapport que vous entretenez avec le cordage de votre raquette et des éventuelles questions que vous vous posez à son propos. Je ferais le maximum pour y répondre dans mon prochain article sur le sujet.

Pour plus de détail
www.babolat.fr

Remerciement à Hervé Cerf de la prodution, Sylvain Triquigneaux de la recherche développement, Eric Babolat PDG de Babolat (et réel passionné de tennis), Anne Jannez de l’agence Ketchum ainsi que tous les autres membres du team Babolat pour leur gentillesse et leur disponibilité.

*Babolat fabrique aussi des raquettes, des balles…

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10 réponses à Découvrez les secrets de fabrication du moteur de votre raquette de tennis

  1. quinco dit :

    Bravo pour cet article passionnant.
    Il en va des cordes comme des raquettes pour ma part : j’aimerais bien rationaliser mes choix.
    Mais concrètement c’est trop compliqué : il faudrait tester le matériel – cordes et raquettes – dans des conditions équivalentes. Arriver à noter scrupuleusement les sensations pour les comparer et choisir en fonction de ses objectifs. (Avec mes pbs de tendinites par exemple, je peux apprécier un monofilament, mais le rejeter au profit d’un multi toujours moins traumatisant).
    En réalité : je me dis tiens cette raquette semble correspondre à telles qualités que je recherche.
    Idem pour le oordage, je teste tel ou tel.
    Mais au final c’est moi qui m’adapte au matos plsu qu’autre chose…
    Je me rassure/console en me disant que de toutes les façons, à 30/1, c’est pas la raquette ni le cordage qui vont jouer à ma place et qu’une foule d’exigences moins accessoires s’imposent à moi.
    Cela étant dit, si j’avais l’opportunité de réellement choisir mon matos correctement, ça me plairait beaucoup ! ton article y contribue, merci à toi Vincent.

    • Vincent Bonnin dit :

      Merci Quinco et ravi que cet article t’ai intéressé.

      En fait ma visite chez les leaders mondiaux du cordage de raquette m’a littéralement ouvert les yeux sur son importance et, il faut bien que je l’avoue, sur ma méconnaissance du produit.

      S’il est vrai qu’il est délicat de choisir la combinaison idéale du cadre et la raquette, une fois le cadre choisi on a plusieurs essais pour choisir le bon cordage.

      Le principal problème à 30/1, c’est qu’on ne casse pas souvent et que l’on reste trop longtemps à jouer avec des cordages trop vieux. Le mieux est de suivre alors le conseil du fabriquant Babolat qui est de changer de cordage aussi souvent de fois que l’on joue par semaine. Si tu joue trois fois, tu changes trois fois de cordage. Cela peut donc vous faire 3 expériences différentes.

      Je reviendrais sur les caractéristiques des différentes cordes et vous apporterai bientôt des conseils qui vous permettrons de choisir avec plus de pertinence votre prochain cordage.

  2. mathis dit :

    Fan de tennis, je m’étais souvent posé la question de la fabrication d’une raquette ! Merci de m’avoir éclairé avec ton article !

  3. Clément dit :

    Bonjour,

    super article. Connait-on le nombre de pose de cordage par mois/an en France ?

    • Vincent Bonnin dit :

      Bonjour Clément, c’est une bonne question dont je n’ai pas la réponse malheureusement.
      Je pense qu’il serait possible de voir l’évolution des ventes additionnées des plus grand fabricants de cordage, ce qui serait une bonne indication (la pose des cordage est parfois faite par les particuliers eux même sans passer par les magasins).

      Vincent

  4. maurice dit :

    bonjour
    étant cordeur (amateur) moi même je me pose la question si les fabricants de raquettes ont une machine qui corde automatiquement les raquettes ou l’intervention humaine est toujours nécessaire.
    cordialement

    • Vincent Bonnin dit :

      C’est une excellente question.
      Je n’en ai aucune idée, même si un cordage automatique de raquette par un robot me semble peu probable.

      Vincent

  5. Clément dit :

    Un ancien pro avait mis son projet de machine autonome sur un site de financement participatif. Il a été vite retiré. Peut-être qu’une marque lui a racheté le brevet ou le projet ne générait pas suffisamment d’engouement.

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