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Pouvez-vous réellement vous passer du service le plus efficace pour neutraliser votre adversaire au tennis ?

Marc Gicquel au retour de service

Devinez quel est le service qui va le plus énerver Marco? ©Vincent Bonnin

Se mettre un instant dans la peau de votre adversaire tout en restant dans la vôtre, vous permettra d’augmenter considérablement l’efficacité de votre jeu. C’est ce principe que vous pouvez mettre en place dès le premier coup de raquette, en vous demandant quel type de service va le plus gêner le retourneur d’en face.

Un sondage réalisé par Will Hamilton du site Fuzzy Yellow balls (site américain leader dans le domaine des blogs sur le tennis), questionnait ses membres (joueurs amateurs) sur le type de service qu’ils avaient le plus de difficultés à retourner. Son but était, au départ, de traiter les problèmes rencontrés par ses lecteurs dans le domaine du retour de service. Il s’est aperçu, après coup, que les résultats se montraient aussi très révélateurs sur l’efficacité de leur propre service. Les résultats vont à l’encontre de beaucoup d’idées reçues.

Les qualités des services les plus gênants au niveau amateur sont donc (roulement de tambour):

Le service sur le revers

Ce qui explique au passage pourquoi les gauchers sont tellement craint des droitiers (avec leur service slicé qui fuit naturellement côté revers des droitiers)

Les services (liftés) qui rebondissent haut

…dans la zone où se situe généralement le retourneur (derrière la ligne de fond de court).
Vous pouvez imaginer la combinaison gagnante d’un service qui réunirait les deux premières qualités (haut sur le revers).

Les services longs

En ajoutant la qualité de profondeur d’un service aux deux premières qualités du palmarès, on améliore encore le poison.

Les services frappé sur corps de l’adversaire

Je me fais assez régulièrement piéger par ce genre de service quand le serveur d’en face varie intelligemment ses mises en jeu.

Les services rapides

Sans commentaires et vous allez voir pourquoi dans la suite de l’article.

Le paradoxe du service rapide

Novak Djokovic au service

Au nombre d’ace réalisés, Novak fait assez rarement la course en tête ©Vincent Bonnin

Il est amusant de constater que jusqu’à un certain niveau, les joueur cherchent avant tout à augmenter la vitesse de leur mise en jeu. Ce n’est pas étonnant vu le tapage médiatique réalisé autour des vitesses ébouriffantes mesurées sur les tournois pros. Il y a aussi l’attrait ludique des radars à service qui valorisent la vitesse des mises en jeu en négligeant tous les autres facteurs. Enfin, il y a la recherche du « full ace », Saint Graal du serveur, point gagnant réussi au moyen d’un seul coup de raquette et que l’on associe (souvent à tort) à la vitesse du service frappé.

Pourtant, si on lui pose la question de savoir quel est le type de service qu’il aime le moins retourner, le joueur amateur place la qualité de vitesse du service adverse en queue de position.

En fait, si on réfléchit bien, un service rapide ne rebondit pas vraiment haut et se situe même souvent à la hauteur idéale pour le retourneur. Si on veut enfoncer le clou, on constatera qu’un service rapide permet à l’adversaire qui a du mal à donner de la vitesse à son propre retour de service de considérablement lui faciliter la tâche à ce moment-là. Le retourneur utilise alors à son profit la vitesse du service adverse.
Si on se montre pragmatique, on fera le constat que pour une poignée de services rapides qui vont prendre l’adversaire de vitesse, tous les autres services rapides vont mettre à ces mêmes adversaires le pied à l’étrier.

La puissance du service lifté

Demandez-vous à présent, s’il vous serait facile de donner de la vitesse à un retour de service qui giclerait haut sur votre revers. Pensez-vous mettre en difficulté votre adversaire sur ce retour. La réponse serait probablement : non.

service lifté d' Agassi

Un gros service lifté suivi d’un coup droit claqué : une grande partie de la vie d’Andre sur le terrain de tennis ©purpleglitter

Pensez alors que le service lifté (ou encore kické pour les anglophiles) rebondit haut et a tendance à se diriger naturellement sur le revers de l’adversaire (dans le cas le plus fréquent du droitier qui sert sur un autre droitier). Si on ajoute à ce type de service la grande qualité d’être beaucoup plus sûr que les services plats ou slicés, vous comprendrez qu’il est indispensable pour vous d’acquérir le lift au service avant de vouloir frapper comme une mule votre première balle dans l’espoir de gagner le super-banco du full-ace.

A l’époque où je possédais un bon lift au service (je suis malheureusement parti à sa recherche depuis que j’ai repris à jouer), mes adversaires me confiaient souvent lors du pot d’après match, que ma deuxième balle (très liftée) les perturbait bien plus que ma première balle de service (plus rapide).

Quand j’ai évoqué ce souvenir avec mon entraineur actuel, il me confia qu’a son zénith, ses adversaires priaient pour qu’il passe sa première balle tant ils se trouvaient démunis face à la force de sape du lift ravageur de sa deuxième balle.

Neutraliser votre adversaire sur votre première balle (ou deuxième balle) de service lifté pour l’agresser systématiquement sur son retour, avec une régularité de métronome, beaucoup de très bon joueurs ont bâti leur carrière sur ce schéma répétitif et apparemment simpliste.

Et vous, quel sont les types de service qui vous gênent le plus ? Quelles stratégies utilisez-vous pour prendre l’avantage avec votre mise en jeu ?

Je vous invite à vous exprimer dans les commentaires

Deux liens pour aller plus loin dans la thématique du  service lifté :

3 conseils pour débuter l’apprentissage du service lifté par Alexandre du blog Tennis Attitude.

Rappel des meilleures prises de raquette pour servir

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12 réponses à Pouvez-vous réellement vous passer du service le plus efficace pour neutraliser votre adversaire au tennis ?

  1. Sébastien dit :

    Excellent texte.

    Perso je travaille de plus en plus le service lifté (voire kické). À l’entraînement et/ou à l’échauffement avant un match je sers vraiment bien. Mais ces services se dégradent un peu dès le début du match avec la pression et l’enjeu. Nul doute qu’avec le temps et une pratique régulière en match, j’arriverai sans peine à être relâché et service le feu.

    Bref pour résumer, à nos niveaux, jusqu’à la 2nde série (probablement) je pense que n’avons pas un gros service en 1ère balle suffisamment puissant, précis et régulier sur tout un match pour en faire une arme. Certes, j’entend de là certains me prétendant le contraire, il n’en demeure pas moins qu’un bon service kické est difficile à retourner, nous protège et nous permet de mieux jouer le point derrière.

    Bravo pour cet article Vincent et continue ton épopée.

    • Vincent Bonnin dit :

      Merci Sebastien,

      Tous les services ont tendance à se dégrader avec la tension du match, mais il est vrai que les services liftés ont tendance à se dégrader un peu plus que les autres.

      Il m’arrive d’ailleurs régulièrement de faire des toiles mémorables en tapant la balle avec la tranche de la raquette.

      Le relâchement est effectivement une des clés pour acquérir une bonne régularité dans le service lifté.

      Pour cela je m’efforce de bien souffler avant de démarrer mon geste dans le but de démarrer la balance de mon bras à une vitesse modérée (ou si tu préfères pas trop vite). A tous les niveau, le défaut de rythme dans l’accélération de la boucle est cause d’ erreur.

      La deuxième chose à laquelle je pense est de bien serrer le manche au moment de la frappe (ce qui suppose que votre main est relâché au départ du mouvement). Cela me permet d’accentuer l’accélération de la tête de raquette et la prise d’effet.

  2. Quinco dit :

    Merci pour cet article, à mon niveau (30/1),
    Comme tout le monde, ça me fait plaisir de passer une grosse 1ère, mais j’avais déjà pu constater la plus grande efficacité de la 2de balle kickée. La 1ère ne fait vraiment mal qu’en raison du placement (me concernant au corps ou extérieure : je n’arrive pas à régler la mire sur le T avec régularité).
    Enfin, comme le rappelle Becker je crois, on juge une bonne 1ère d’abord à son %. Ce qui milite donc encore pour le kick en 1ère et 2de, au moins le temps de se mettre dans le rythme du match.

    • Vincent Bonnin dit :

      Merci Quinco,

      J’ai la certitude que ce qui fait la force d’un service est avant tout la variété.

      Donc, ne te prive surtout pas d’alterner les vitesses de tes services. Et donc de servir tes premières à plat, slicé et lifté.

      En ce qui concerne le service sur le T, je conseille de ne pas viser l’intersection des lignes précisément mais plutôt un point situé à l’intérieur du carré (à 10, 25 ou 50 cm selon votre niveau).

      En effet, si vous visez l’intersection des lignes vous avez une chance sur deux de toucher le mauvais carré. Si vous visez à l’intérieur et que vous faite une erreur sur le plan latéral, ou bien vous êtes trop à l’intérieur (mais dans le carré) ou bien vous touchez le T et c’est l’ace!

  3. Stephan dit :

    Bonjour Vincent,

    Avant de connaître des problèmes de dos, j’utilisais volontiers le service lifté sur le revers de mes adversaires, avec comme avantage d’avoir plus de temps de monter au filet.

    Mais depuis que j’ai plus ou moins résolu ces soucis de dos, je n’utilise plus trop ce service, préférant servir à plat ou slicé avec des angles m’ouvrant le terrain. Mais si c’est suffisant jusqu’à un certain niveau, cela devient problématique contre de meilleurs joueurs.

    Pas plus tard que le week-end dernier, j’ai joué avec un jeune joueur dont le classement était nettement supérieur au mien.

    Tous ces coups m’arrivaient très liftés haut sur mon revers…un vrai calvaire. Je ne me souvenais plus que c’était si difficile à maitriser.

    J’imagine la frustration des joueurs qui rencontre Rafael Nadal sur terre battue, cela doit être……horrible !

    Pour terminer, je confirme qu’il est plus facile de faire un retour bloqué sur une première balle, qu’un retour lifté ou slicé sur un service kické….sauf lorsque vous adversaire sert des premières balles à plus de 200 km/h

    Bon, c’est décidé, dès la semaine prochaine, je me remets au lift….en espérant gagner encore quelques places au classement….à 47 ans.

    En l’espace d’une année, je viens d’en gagner 7’000. Pas mal, non ?
    Bon, c’est vrai, j’étais sous classé……mais quand même.

    Cela ne m’a pas empêcher de perdre en double contre un adversaire qui avait dépassé les 70 ans….. hallucinant !

    Son secret ?

    30 minutes d’exercices physiques par jour, manger sainement, un verre d’alcool de temps en temps, sans excès…..

    Ouh là là, je suis hors sujet, alors j’arrête là.

    Amitiés.

    Stephan.

    • Vincent Bonnin dit :

      Merci Stephan pour ce commentaire dithyrambique et…très intéressant

      Félicitation pour ta progression,

      C’est vrai que le service lifté sollicite un peu plus le dos et l’épaule que les autres services et des problèmes de dos peuvent rendre à certains joueurs ce geste problématique.

      Cependant, il est toujours possible d’adapter son geste pour le rendre moins violent. Comme le dit Alexandre du blog Tennis Attitude, il y a lift et lift et ce geste auparavant déconseillé au filles est largement répandu au niveau du tennis féminin.

      Je compte sur toi pour faire les modifications techniques nécessaire pour à nouveau lifter tes services.

      Pour le secret de ton joueur de 70 ans, ça marche aussi sans le verre d’alcool !

      Bien à toi

      Vincent

      • Stephan dit :

        Ah oui, sans le verre d’alcool, c’est mieux… en effet.

        J’ai oublié de préciser aussi que ce sénior n’avait jamais touché à la cigarette, ni à toutes autres substances nocives…..et c’est un homme en pleine forme !

        Que cela puisse inspirer les jeunes joueurs !

        Amitiés.

        Stephan.

  4. Petit Chelem dit :

    Excellent article avec un beau reflet de la réalité !
    De mon point de vue de joueuse, les résultats du sondage me correspondent particulièrement ! En effet, les services rapides sont ceux qui me posent le moins de problèmes tandis que des services sans vitesse, et de plus sur mon revers, vont me donner beaucoup moins d’assurance !
    Et avec étonnement, j’utilise beaucoup la force lorsque vient mon tour de servir ! Ceci dit, cela peut s’avérer être une arme sur les tournois féminins car, contrairement aux hommes, c’est moins utilisé et donc plus efficace !

    N’hésitez pas à venir faire un tour sur mon blog :
    http://www.petitchelem.wordpress.com
    Tennistiquement

    • Vincent Bonnin dit :

      Merci chère consoeur des blogs de tennis,

      Il est bien sûr opportun de jouer des services inhabituels pour vos adversaire et si ceux-ci ne sont pas habitués à retourner des services rapide cela peut être une bonne option.

      Le seul bémol que j’opposerai à ce raisonnement est qu’a servir systématiquement fort, le joueur ou la joueuse en face fini par s’habituer ce qui diminue d’autant l’efficacité du service rapide.

      J’ai disputé des matchs de double mixte ou les joueuses, un peu dépassé par la puissance des services des garçons dans un premier temps, parvenaient à parfaitement les relancer dans le deuxième set.

      La vigilance est donc de mise et la variation une valeur toujours sûre au service.

      • Petit Chelem dit :

        En effet, la variation est de mise ! D’autant plus que, comme vous le signalez, de nombreuses joueuses vont préférer retourner des services rapides puisqu’elles s’appuieront et s’aideront de la puissance de ce service ! Alors qu’un service beaucoup moins fort peut davantage surprendre et va occasionner beaucoup plus de fautes directes de la part de l’adversaire qui aura l’impression de retourner une « balle facile » !

        J’utilise aussi particulièrement des effets bien prononcés en première balle (lift ou slice, tout dépend de quel côté je dois servir) et c’était d’autant plus payant quand je joue sur des surfaces propices aux effets (moquette par exemple) !

  5. JPP dit :

    Effectivement, comme le service en général est mon meilleur coup, que je sais le varier en effet et en placement, c’est bien souvent que l’on me fait la remarque après quelques premières trop longues : « Avec la deuxième balle que tu as, je ne comprends pas que tu t’entêtes à frapper la première. Ton lift est beaucoup gênant ! » Tout ça, je l’ai bien vu tout « au long de ma carrière ».
    Mais j’ai remarqué aussi qu’au fil du temps, si je sers davantage de « secondes », même liftées sur le revers, je perds le rythme. Et ma balle n’avance plus. Alors, j’adopte bien souvent une première perdue (heureusement, pas toujours) pour garder la seconde.

    • Vincent Bonnin dit :

      Merci Jean-Pierre pour cette précision utile,

      S’il est plutôt fûté de varier la vitesse de ses premières balles de service en servant régulièrement des « premières-deuxièmes », si on cherche trop a assurer sa première on risque effectivement de perdre le rythme.

      C’est personnellement ce qui m’arrive, sauf qu’en plus j’ai tendance à me contracter et à raccourcir de plus en plus les trajectoires.

      Lâcher une bonne première bien rapide avec la bonne respiration profonde qui l’accompagne, me permet bien souvent de retrouver le relâchement nécessaire et de tout remettre en place.

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