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Rencontre avec Cyril Ravilly, auteur du meilleur livre francophone sur la tactique au Tennis (podcast)

Tennis, les fondamentaux tactiques éditions amphora

Tennis, les fondamentaux tactiques éditions amphora

Cyril Ravilly n’est pas un professionnel du tennis, il n’est pas entraîneur de club, il n’est pas un ex- pro et pourtant, il vient de rédiger l’ouvrage francophone de référence sur la tactique au tennis.
S’appuyant sur des données statistiques, géométrique et physiques indiscutables, ce passionné du jeu est parvenu à théoriser et rendre accessible au plus grand nombre des notions complexe (et je n’hésite pas à l’écrire), largement sous-enseignées en club.
Je n’irais pas jusqu’à dire que ce livre a changé ma vie de compétiteur, mais après une première lecture, j’ai très nettement modifié (en bien) mon approche du jeu en match(et c’est loin d’être terminé).
Cet entretien vous permettra d’en savoir plus sur l’auteur et sur son ouvrage indispensable que je conseille au plus grand nombre d’acquérir.

Transcription texte de l’interview

Vincent Bonnin : Pour démarrer cette interview je vais te demander de te présenter d’abord rapidement, de nous parler un peu de ton parcours tennistique, professionnel éventuellement.

Cyril Ravilly : J’ai 48 ans, j’ai travaillé un peu en banque d’affaires et en tant que consultant d’entreprise spécialisée dans le secteur de souveraineté. Et puis tennistiquement, je joue au tennis je pense depuis que j’ai 6-7 ans. C’est une passion, j’y passe au moins deux heures de mon temps de cerveau disponible par jour et j’ai été 15/3.

Cyril Ravilly, expert en stratégie tennis

Cyril Ravilly, expert en stratégie tennis

Ce qui m’a incité à écrire le livre, c’était que quand je jouais avec d’autres personnes, tout ce que je leur disais, n’était généralement pas ce qu’ils entendaient des professeurs de tennis. Donc je me suis dit, c’est un peu dommage que tout ça soit perdu. Et donc au début, j’ai consigné ça un peu de manière anecdotique ; et puis progressivement il y avait quand même pas mal de matière et j’ai commencé à écrire un livre.
Et quand j’ai cherché, j’ai vu qu’il n’y avait pas d’ouvrage dédié à la tactique. Il y a beaucoup d’ouvrages qui sont spécialisés sur le mental ; il y a beaucoup d’ouvrages qui parlent de la technique ; il y a quelques ouvrages sur la préparation physique pour le tennis, mais il n’y avait pas du tout d’ouvrage sur la tactique. Donc, je me suis dit que c’était intéressant et j’ai donc préparé un ouvrage. Et puis j’ai eu la chance qu’Amphora, qui est l’éditeur du sport, ce soit intéressé et donc on a avancé très vite ensemble là-dessus.

Vincent Bonnin : J’ai lu le livre bien-sûr, je l’ai beaucoup aimé, il est très complet. D’ailleurs, il n’y avait pas d’ouvrage équivalent au niveau francophone, enfin moi je n’en ai pas trouvé aussi complet. Et je voulais te demander d’abord quelle méthode avais-tu utilisée pour écrire ton livre, parce qu’il y a des statistiques qui sont très détaillées, donc tu t’es inspiré de toute une année de tennis professionnel. Est-ce que tu pourrais nous expliquer un petit peu comment tu as fait ?

Cyril Ravilly : Alors effectivement, j’ai regardé d’abord tout ce qui existait dans la littérature et effectivement les chiffres ne rebouclent pas toujours, parce qu’il y a en fonction des années et en fonction des surfaces et donc j’ai pensé qu’il était indispensable d’avoir ma propre base de données. Donc, pendant toute une année j’ai suivi une saison du circuit professionnel, avec l’idée que cette année soit représentative de toutes les surfaces, des hommes, des femmes et des différents tours, que ce soit au premier tour dans les qualifications ou en finale, donc avoir un échantillon qui soit vraiment représentatif du haut niveau.
Et à partir de là, j’ai suivi tous ces matches, donc j’ai suivi plus de 6 000 points que j’ai référencés, classés et référencés suivant une typologie de 56 coups séquences gagnantes. Et à partir de là j’ai eu une base de donnée qui était assez fiable. En plus, j’étais sûr de son homogénéité, puisque c’était moi qui avais suivi l’ensemble de ces matches.
Et donc ça m’a permis d’avoir quelques enseignements, puisque je me suis concentré sur les points gagnants qui ne prêtent pas à caution, mais qui représentent à-peu-près 30% des points joués entre les joueurs. Il sont une bonne manière d’analyser comment est-ce qu’on réussi des points gagnants et comment est-ce qu’on peut gagner un match d’une manière assez critique. Donc en analysant tous les aces, les retours gagnants et toutes les séquences sur 1, 2, 3 ou 4 coups, on peut voir quelles sont les filières en regardant les zones, l’enchainement et les séquences de coups.

Vincent Bonnin : Oui grâce à ton ouvrage on sait au niveau du tennis professionnel quelles sont les zones où on a le plus de chance de gagner le point, après le service, après le retour.
Moi ce que je voulais te demander et ça correspond à un pressentiment, c’est que la tactique m’a l’air un peu universelle, c’est-à-dire que ce qui marche pour les joueurs professionnels marche aussi pour les joueurs et joueuses amateurs. Qu’est-ce que tu en penses ?

Cyril Ravilly : J’en suis convaincu, parce que de toute manière le jeu professionnel, enfin la manière de jouer des joueurs professionnels incite les joueurs amateurs ; et donc on voit par exemple que les tendances qu’on voit dans le jeu professionnel, par exemple il y a de moins en moins de service-volée, se retrouvent également dans le tennis amateur.
Et deuxièmement, on s’aperçoit que même au niveau professionnel il y a un ensemble d’erreurs tactiques. Moi, je considère que même au plus haut niveau chaque joueur perd environ 15% de ses points sur des schémas tactiques qui ne sont pas les bons et où ils se mettent tout seuls en difficulté. Et tous ces enseignements sont, de surcroit, valables dans le tennis amateur.
Donc il y a un ensemble de lignes directrices, qui ne sont pas liées au niveau de jeu, mais qui sont directement liées à la configuration du terrain. Le terrain, le tennis c’est quand même très géométrique, donc il y a des règles qui s’imposent quel que soit le niveau ; quand jouer croisé est moins risqué que jouer long de ligne, ça ne dépend pas du niveau, ça dépend des caractéristiques du terrain et de la hauteur du filet qui est plus bas au milieu que sur les côtés. Donc, tous ces éléments-là s’imposent à chacun des joueurs.

Vincent Bonnin : Il y a la géométrique, il y a aussi la science physique, puisque tu parles beaucoup des hauteurs de rebonds.

Cyril Ravilly : Oui, par exemple on peut citer les tournois en altitude, quand on frappe un même coup à-peu-près à 100km/h à Paris ou à Mexico, à Mexico il va atterrir un mètre plus loin, simplement parce qu’il y a moins d’oxygène, il y a moins de frottement dans l’air et donc la balle va plus loin. Il faut savoir qu’au tennis les lois de la gravité sont les meilleurs atouts pour le joueur de tennis, parce que ça aide la balle à rentrer dans le court. Et donc par exemple même entre une balle à plat et une balle liftée, toujours qui part à 100km/h, la balle liftée sera au moins un mètre plus courte que la balle à plat. Donc là aussi ce n’est pas un effet de la gravité, c’est aussi un effet physique, qui est l’effet Magnus, et qui incite la balle à plonger vers le terrain.

Vincent Bonnin : Voilà, et l’effet slicé, la balle coupée, c’est le contraire, c’est la balle qui plane un peu plus loin.

Cyril Ravilly : Oui, sur une balle très chopée, la balle va au contraire avoir tendance à remonter ; et donc au bout d’un certain temps elle n’a plus beaucoup d’énergie et elle va redescendre et donc elle a tendance à aller plus loin, puisque l’une va plonger vers le terrain, l’autre va avoir tendance à plutôt remonter.
Tous ces éléments-là s’imposent au joueur quel que soit le niveau. Alors c’est vrai que la balle tourne, que plus il y a rotation de la balle plus il y a d’effet. Plus l’effet effectivement lifté va être marqué, plus la balle va avoir tendance à plonger dans le terrain.
Mais par exemple, il y a des choses qui sont intéressantes, on a toujours l’impression que les coups droits liftés sont les coups qui ont le plus d’effet et ce n’est pas le cas ; les coups qui ont le plus d’effet c’est les revers chopés. Pour la plupart des joueurs, ils ont beaucoup plus de tours/minute, beaucoup plus d’effet, beaucoup plus de rotation. Et de même, les coups qui tournent le plus sont les deuxièmes services, même sur les joueurs amateurs, qui ont des taux de rotations, qui sont supérieurs à ceux des coups droits par exemple.

Vincent Bonnin : J’ai vu qu’il y avait Patrick Mouratoglou qui avait préfacé ton livre et dans son livre qui était paru un an avant, il avait expliqué qu’il aimait beaucoup les statistiques, parce que ça permettait d’avoir une donnée sans émotion sur les comportements et les performances d’un joueur. Qu’est-ce que tu en penses de ça ?

Cyril Ravilly : Je partage complètement et objectivement je m’inscris dans la lignée de Patrick Mouratoglou. Et quand on voit les joueurs, c’est vrai qu’ils ont une perception de leur match qui n’est pas nécessairement conforme à ce qui s’est passé. Quand on revoit la vidéo ensemble d’un match, ça aide à changer la perception. Et c’est pour ça que les statistiques sont très utiles, parce que là c’est les chiffres bruts et donc savoir qu’on a fait 70% de ses fautes sur le revers ou sur le coup droit, c’est une donnée factuelle.
Donc, ça permet de comprendre aussi dans quelles conditions ont fait des fautes, sur quel type de séquences ont fait des points gagnants. Et tout ça, ça permet d’avoir une base de données très intéressante et très riche. Alors quand elle est sur un joueur, elle est intéressante en différentiel, c’est-à-dire comparé par rapport à ses adversaires, où est-ce qu’on fait plus de points et où est-ce qu’on fait plus de fautes.
Et puis quand on a un échantillon plus large, ça permet de donner des règles un peu universelles sur la moyenne des joueurs et ça c’est également très intéressant. Sur les schémas tactiques, voir que par exemple les caractéristiques des séquences les plus gagnantes, c’est sans surprise. Par exemple, un service extérieur et puis une attaque de l’autre côté sur un coup droit gagnant de l’autre côté. Et ça, ça permet de le quantifier et de voir combien, comment. A l’inverse, il ne faut pas avoir non plus un jeu stéréotypé et voir comment est-ce qu’on peut varier à partir de ces séquences qui sont les grands classiques du tennis.

Vincent Bonnin : Tu parles aussi beaucoup dans ton livre, en fonction du style de jeu, qu’il peut être très intéressant de varier et justement de ne pas chercher systématiquement à reproduire les schémas gagnants, pour donner de l’incertitude.

Cyril Ravilly : Exactement. Je pense que l’un des facteurs qui permet de gagner, c’est d’avoir des schémas de jeu qui soient les plus variés possible. Quand on s’aperçoit qu’il y a des séquences qui marchent bien, il faut les garder pour les points clés, mais ces points clés sont d’autant plus faciles à gagner qu’auparavant on aura un peu brouillé les pistes. Et c’est des séquences de jeu qui sont un peu différentes et donc ce qui fait que l’adversaire ne s’y attend pas.
Si on un schéma de jeu qui marche bien, et c’est formidable, au bout d’un certain temps l’adversaire va trouver une solution, va s’adapter et donc résultat on va perdre de l’efficacité sur cette arme. Alors que si on a auparavant un peu varié, on sait qu’on a une arme importante et on s’en sert sur les points clés et donc ça c’est un atout supplémentaire.

Vincent Bonnin : On va maintenant parler un peu des différences entre le tennis masculin et le tennis féminin. Ceux qui s’intéressent au tennis connaissent un peu les différences au niveau de la technique et des trajectoires de balles. Qu’est-ce que tu pourrais en dire à propos de la tactique, toi qui as étudié ça ?

Cyril Ravilly : La tactique dépend d’abord beaucoup des différences physiologiques hommes et femmes. Dans le livre j’explique que les femmes ont au niveau de la force musculaire, au niveau des jambes, 64% de la force musculaire des hommes, mais cette force musculaire au niveau des bras n’est que de 56%. Donc ça veut dire que les femmes, toutes choses égales par ailleurs, courent plus vite, mais peuvent taper moins fort que les hommes. Donc, on devrait s’attendre à ce que, dans ces conditions-là, il y ait des échanges qui soient plus longs chez les femmes que chez les hommes.
Et en réalité, ce n’est pas le cas, au cours des dix dernières années les échanges sont encore plus courts chez les femmes que chez les hommes. Et c’est lié au fait que les femmes, pour avoir plus de vitesse dans leurs coups, sont obligées de prendre la balle beaucoup plus tôt et donc de frapper beaucoup plus plat. Et donc résultat, ce faisant, elles ont tendance à prendre plus de risques. Les balles, quand elles sont moins liftées, passent plus près du filet, donc il y a plus de fautes.
Donc le tennis féminin, par rapport au tennis masculin, a une tendance à réduire la durée des échanges et à chercher le coup gagnant très vite. Donc le jeu féminin est encore plus dans l’agression immédiate, c’est-à-dire je prends la balle tôt pour profiter de la vitesse de la balle adverse et chercher un coup gagnant le plus rapidement possible. Donc, ça conditionne beaucoup le mode des échanges.
Deuxièmement, c’est plus compliqué physiologiquement. Les femmes ont un poignet qui est plus fragile que celui des hommes. Donc mettre énormément de lift dans la balle quand on est une femme, notamment en coup droit, est plus compliqué, parce que, le poignet étant plus fragile, il y a beaucoup de pathologies. Résultat, les femmes sont aussi incitées à jouer beaucoup plus plat que les hommes.
Donc, ça a quand même pas mal d’incidence sur un jeu des hommes qui sont capables d’être beaucoup plus loin de la ligne et de jouer beaucoup plus lifté ; alors que les femmes vont avoir un tennis lié à une prise de balle très tôt, plate, avec beaucoup moins de différence entre le revers et le coup droit que chez les hommes. Chez les femmes le revers et le coup droit sont des coups qui sont quasiment égaux, relativement équilibrés, en tout cas beaucoup moins déséquilibrés que chez les hommes. Chez les hommes 70% des coups gagnants sont tapés côté coup droit, alors que chez les femmes c’est beaucoup plus équilibré.

Vincent Bonnin : Il y a aussi l’importance du retour de service qui est beaucoup plus importante chez les femmes.

Cyril Ravilly : Oui, il y a beaucoup plus de breaks chez les femmes, parce qu’à la fois le service est un peu moins performant, principalement encore pour des raisons physiologiques, les femmes étant plus petites elles ont moins de possibilités de frapper des aces que les hommes. Et deuxièmement, il y a beaucoup plus de prises de risque en retour et il y a beaucoup plus de retours gagnants chez les femmes que chez les hommes.

Vincent Bonnin : Dans ton livre tu parles aussi du tennis en fauteuil et du double. Le tennis en fauteuil d’ailleurs, tu joues régulièrement je crois avec Stéphane Houdet ?

Cyril Ravilly : Oui Stéphane Houdet, j’ai une énorme admiration pour Stéphane, pour ce qu’il fait et ce qu’il a fait toute sa carrière. C’est très intéressant de jouer aussi avec des joueurs en fauteuil, déjà parce que ça permet de comprendre le jeu ; c’est un jeu très tactique, parce que le placement de la balle est encore plus important que dans le tennis ATP et WTA et il y a une énergie, une détermination, c’est des vrais athlètes, c’est assez intéressant.

D’autant plus que pour une fois les règles sont quasiment les mêmes, si ce n’est que dans le tennis en fauteuil on a le droit de prendre la balle après deux rebonds ; ce qui dans la pratique sert très peu, parce que quand on tape une balle après deux rebonds elle a moins d’inertie, moins de force, et donc on donne du temps à l’adversaire. Ça a juste un intérêt sur les amortis, donc il y a tout un travail à faire sur les amortis qui est beaucoup moins rentable ou alors il faut vraiment bien les toucher.

Vincent Bonnin : (note pour les auditeurs) Stéphane Houdet est un ancien numéro 1 mondial de tennis en fauteuil.

Cyril Ravilly : Pas ancien, il est numéro 1 en simple et en double au moins jusqu’à Wimbledon (l’entretien a été enregistré début juillet 2016). Non, il fait une de ses toutes meilleures saisons actuellement.

Vincent Bonnin : Tu résumes pour les tennismen amateurs, ce que tu as synthétisé, en dix règles. Est-ce que tu pourrais nous en citer les trois plus importantes ?

Cyril Ravilly : La première ça serait évidemment de varier, la deuxième ça serait de dire qu’autant il faut en attaque, quand attaque sur une balle facile, varier le plus possible. Il y a une dizaine de schémas d’attaque possible, donc il ne faut pas hésiter à y recourir le plus possible, à le plus possible varier les angles, les directions, les hauteurs, les effets. Autant quand on est en défense, le classicisme est de règle et il faut, quand on est vraiment en difficulté, jouer une balle longue, croisée et haute pour se redonner du temps, pour se replacer.
Donc en attaque faire preuve d’innovation et en défense de classicisme, au moins jusqu’à à un niveau, sauf si l’adversaire au bout d’un certain temps monte à contretemps et où là on sera contraint à faire autre chose.
Mais sinon, en défense c’est là où on peut perdre des points assez facilement. C’est que, si par exemple, on joue en défense un coup long de ligne et avec pas beaucoup de consistance on est sûr de perdre le point suivant. Donc il faut faire le surcroit d’effort pour arriver sur la balle et arriver à la croiser et notamment à la croiser haute pour avoir du temps pour revenir dans le terrain.

Vincent Bonnin : OK, donc ça c’est pour commencer, pour ceux qui veulent vraiment commencer, qui se pensent nuls en tactique et qui veulent commencer à faire des progrès. Tu as constaté d’ailleurs parmi les personnes qui ont lu ton livre des personnes qui ont progressé dans leur niveau de jeu, à la limite sans jouer ?

Cyril Ravilly : Je serais tenté de dire que le tennis c’est la composante de quatre éléments : il y a la technique, le mental, la tactique et la condition physique. Evoluer sur chacun des trois autres, que ce soit la technique, le mental, ou la condition physique c’est possible, mais ça prend énormément de temps. En revanche, ce qui est sûr c’est que pour la tactique en appliquant les règles et les résultats on est sûr que ça a un impact immédiat sur le jeu.
Si effectivement on réduit les 15% de points où on se met en difficulté tout seul par des mauvais choix tactiques, tout de suite ça a une incidence forte sur un match. Un match qu’on perd 6-4 6-4 on le perd sur 10% des points. Donc si déjà on réduit ces 15% de situation où se met tout seul en difficulté, parce qu’on va jouer long de ligne, mais sans avoir l’intention de faire un point gagnant et donc résultat l’adversaire va pouvoir contrattaquer, croiser et nous mettre immédiatement en difficulté ; si on réduit toutes ces erreurs tactiques, d’emblée ça permet d’inverser rapidement un certain nombre de points et de profiter aussi davantage des erreurs tactiques de l’adversaire.

Vincent Bonnin : Je dois dire pour les personnes qui nous écoutent que moi-même après avoir lu le livre de Cyril, j’ai un petit peu modifié ma manière de jouer et ça a été plutôt positif.

Cyril Ravilly : Mais j’en suis ravi et je dois reconnaitre qu’il y a beaucoup de personnes effectivement qui m’ont écrit en me disant « Je perdais toujours contre X, j’ai lu le livre et désormais j’ai gagné et on me dit t’as un jeu qui a changé, t’es beaucoup plus dur à jouer ».
Ça montre qu’il y a des choses qui peuvent changer assez rapidement et simplement par une meilleure compréhension. Il y a beaucoup de choses qui sont intuitives, que chacun a en soi, mais là c’est formalisé de manière assez claire et puis démontré avec des statistiques. Parce que moi je suis convaincu que dans le tennis il y a un ensemble de grands paramètres qui sont valables quel que soit le niveau et quel que soit le type de jeu.

Vincent Bonnin : Et on va terminer par un petit détail, une idée que j’ai trouvé très intéressante. C’est une préconisation, au service, de démarrer d’une position beaucoup plus excentrée que ce que font la plupart des joueurs, qui ont tendance à service au milieu. Toi tu préconises de servir beaucoup plus près du couloir, voire à côté du couloir.

Cyril Ravilly : Non, enfin entre le milieu et le couloir. Et on s’aperçoit qu’effectivement cette préconisation, que moi je recommande depuis très longtemps, même au niveau du tennis professionnel, les joueurs ont tendance à servir, de plus en plus, de moins en moins proche du milieu du court.
Et ça effectivement il y a beaucoup de raisons à ça, un parce qu’on est tout de suite mieux replacé ; deuxièmement, on profite d’un filet qui en moyenne est plus bas ; et troisièmement, on a beaucoup plus d’angle au service. Donc, ces trois avantages cumulés font qu’on a intérêt à servir à-peu-près au milieu entre le milieu du terrain et l’angle du cours. Là, on est mécaniquement dans une situation plus profitable, à la fois en attaque puisqu’on a plus d’angle et en défense puisqu’on est mieux replacé.
Mais c’est assez drôle, parce qu’il y avait un certain nombre d’enseignants du tennis qui n’étaient pas absolument convaincus, parce qu’effectivement l’ace directement sur le T est préférable quand on sert très au milieu du terrain. Mais en moyenne, là encore il faut prendre des statistiques, ça permet d’avoir un service plus équilibré entre l’extérieur, le T et sur le corps. Et puis en moyenne, le filet est beaucoup plus bas, enfin pas beaucoup plus bas, mais quelques centimètres et quelques centimètres suffisent pour qu’un ace devienne un let ou qu’un let devienne une balle dans le filet.

Vincent Bonnin : Eh bien je vais te remercier pour cette interview et puis te souhaiter une bonne continuation.

Cyril Ravilly : Merci beaucoup Vincent, c’était vraiment très agréable de pouvoir discuter ensemble ce matin.

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3 réponses à Rencontre avec Cyril Ravilly, auteur du meilleur livre francophone sur la tactique au Tennis (podcast)

  1. Erwan dit :

    Bonjour et merci pour cette interview très intéressante. J’ai juste une incompréhension concernant le service (évoqué en fin d’article) : je ne vois pas en quoi servir de façon plus excentrée permet un replacement plus rapide (« […] il y a beaucoup de raisons à ça, un parce qu’on est tout de suite mieux replacé »). En général, lorsqu’on se replace après un service, c’est en milieu de fond de court ; dans cette hypothèse, servir près de l’axe central – et non de façon excentrée – favoriserait évidemment un replacement plus rapide (d’ailleurs presque inutile puisqu’on est déjà quasiment au milieu). Non ?

    • Vincent Bonnin dit :

      Bonjour Erwan,
      Merci pour ta question.

      Cyril Ravilly fait ici référence à la fameuse théorie des angles qui veut que l’on se replace dans la bissectrice formée par les possibilités de l’adversaire.
      http://blog-tennis-concept.com/la-theorie-des-angles-au-tennis-le-replacement/

      Dans le cas ou on sert le T (intersection des deux carrés), on est effectivement mieux placé si on sert près de l’axe central (car le replacement se fait au milieu). Ta remarque est donc juste.

      En revanche, dans le cas d’un service croisé (ou on ouvre les angles à l’adversaire) le replacement idéal se trouve du coté opposé ou on a joué. Servir excentré permet alors un replacement plus rapide. C’est ce qu’a voulu dire Cyril.

      Vincent

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