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Que faire face à un adversaire qui crie, geint, râle ou même jette sa raquette lors d’un match de tennis?

jetparstevenpisano

jet de raquette ©Steven Pisano

Après avoir analysé d’où venait la colère des joueurs de tennis et comment elle se manifestait sur le court, la préparatrice mentale Cindy Laplace nous donne quelques éléments pratiques pour bien réagir en cas de colère adverse : penser positivement, se recentrer sur ses objectifs et utiliser la relaxation.

Gymnaste dès le plus jeune âge, Cindy Laplace obtient à 17 ans le monitorat de gymnastique. A 18ans, elle intègre la Licence STAPS Entraînement Sportif de Toulouse. Pendant ses années de licence elle poursuit son chemin d’entraîneur où elle met en place des ateliers en préparation mentale, puis elle rentre en Master Préparation Psychologique et Coaching à Montpellier (actuellement le seul master en France à former spécifiquement à la préparation mentale).
Durant ce master elle s’intéresse de plus près à diverses thématiques comme l’accession au haut niveau, le changement de structure et la prise en charge de la blessure. Cindy intervient aujourd’hui pour du suivi individualisé en préparation mentale dans plusieurs disciplines (Rugby, Tennis, Natation, Sauvetage, BMX, équitation, pilote auto et moto). Cindy intervient au près des sportifs amateurs, professionnels et de haut niveau. Elle travaille également avec des structures sportives dans le cadre de préparation mentale collective.
Cindy Laplace est basée à Toulouse mais intervient partout en France. Elle a également ouvert un cabinet de coaching qui propose ses services en dehors du sport (préparation aux concours, gestion du stress, développement personnel et optimisation de la cohésion d’équipe en entreprise).

Nadal légèrement tendu ©mirsasha

Nadal légèrement tendu ©mirsasha

Jets de raquette, cris (sur le court durant un match de Tennis), jurons, vous avez tous un moment où une personne en tête. C’est peut-être même vous ! Il ne faut pas jeter la pierre à ceux qui le font, même si cela n’est pas dans les codes, vous verrez qu’il n’est pas si simple que ça de canaliser sa colère.
Aujourd’hui, grâce à la préparation mentale on va tenter de comprendre ces personnes qui ont des excès de colère. Et trouver des solutions pour les adversaires. Ces réflexions, idées et astuces vous permettront de rester concentré dans ces situations qui, selon les personnes, nous énervent, nous déstabilisent, nous font perdre nos moyens et même parfois notre match.

On ne va pas décrire l’ensemble des situations qui peuvent nous déstabiliser. Un lancer de raquette, un cri, des geignardises peuvent venir à tout moment de la partie, que l’adversaire mène ou perde, que le match débute ou qu’il soit presque fini. Bien souvent ces manifestations sont le signe d’une colère excessive de votre adversaire. La colère est une émotion primaire.

Définition de la colère

Une définition s’impose « c’est une réaction à un stimulus événementiel (par exemple la balle vient d’atterrir dans le filet); qui entraine un changement viscéral et musculaire de la personne et est ressentie subjectivement d’une façon caractéristique (cela dépend des personnes, dans l’exemple de la balle dans le filet, un juron peut sortir assez facilement) et elle s’exprime travers certaines mimiques (lever le bras et le laisser tomber…) (Deci, 1975)

La colère peut être dirigée vers autrui (arbitre, adversaire, partenaire, entraineur, public…), ou vers soi même et bien souvent dans notre exemple au tennis cela est dirigé vers soi même.
Elle est souvent accompagnée comme le dit la définition pure de l’émotion par une réaction physiologique orientée à la contre-attaque. Il existe trois grandes manifestations physiologiques de la colère, la première est l’augmentation du tonus musculaire et de la pression artérielle. La deuxième c’est que vous allez avoir des expressions sur votre visage caractéristiques de la colère. Et la troisième manifestation de votre colère pourra se traduire par une extériorisation verbale.

serena williams grimace après avoir manqué ©Davide P

serena williams grimace après avoir manqué ©Davide P

Prendre conscience de sa colère

La première chose, sera de prendre conscience que l’on est énervé. Vous avez déjà vécu cette situation ou, calmement, vous demandez si la personne est énervée et elle vous répond en hurlant « NON JE NE SUIS PAS ENERVE TOUT VA BIEN ! ». Sachez comment de manière générale vous réagissez à votre colère dans telle ou telle situations.
Celui qui est en colère, pourra l’utiliser pour taper plus fort dans la balle (a condition de gérer son effort), quitte à ce qu’il perde le point et que sa colère passe et qu’il puisse reprendre le cours du match de manière plus sereine. Les techniques de relaxation pourront permettre d’abaisser le rythme cardiaque qui a tendance à s’emballer dans ce genre de situation.

Bien réagir face à la colère adverse

Et pour celui qui voit, ressent, entend la colère de son adversaire, comment réagir? Tout d’abord, essayez de le tourner à votre avantage et essayez de rester concentré « ICI et MAINTENANT »

Transformer la menace (de vous déconcentrer) en défi

Réjouissez vous de voir votre adversaire s'enerver ©Carine06

Réjouissez vous de voir votre adversaire s’énerver ©Carine06

Pour cela vous avez plusieurs possibilités, suivant votre personnalité et votre niveau de pratique en préparation mentale.
Pour transformer cette menace vous allez mettre en place des stratégies d’ajustements qu’on appelle également Stratégies de Coping (qui vient de To Cope with ‘faire face, s’ajuster et d’adapter) Ce sont « l’ensemble des efforts cognitifs et comportements, constamment changeants, déployés pour gérer les exigences spécifiques internes et/ou externes qui sont évaluées par la personne comme consommant ou excédant ses ressources » (Lazarus & Folkman, 1984) (et oui ce n’est pas d’ hier la préparation mentale).
Pour cela, la première chose simple que vous pouvez faire, c’est de mettre en place une stratégie centrée sur le problème. Le problème c’est le comportement de votre adversaire qui est susceptible de vous déstabiliser, alors vous allez réinterpréter la situation en votre faveur.

Générer un discours interne positif

Pour cela vous pouvez générer un discours interne (vous vous parler à vous même dans votre tête) toujours avec du positif, « très bien il est énervé, je vais pouvoir calmement prendre l’avantage » « Moi je suis calme, lui très agacé et cela n’est pas bon pour lui, je vais en profiter pour faire mon jeu ».

Porter son attention sur des éléments pertinents

La deuxième possibilité que vous avez face à un(e) joueur (se) de tennis qui jure, s’énerve ou balance sa raquette c’est d’utiliser des stratégies de focalisation de l’attention.
Si ces cris, ses gestes vous mettent très mal à l’aise, vous pouvez essayer de centrer votre regard sur les éléments pertinents (comme le placement de ses pieds, de ses épaules, sa raquette) et non tous ses gestes parasites qui vont vous parasiter.

Se fixer des objectifs difficiles mais réalistes !

La fixation d’objectif va permettre de focaliser votre attention sur vous et votre jeu, par exemple vous allez vous donner des objectifs réalisables mais difficiles à court terme, « le temps qu’il est agacé, je dois prendre au moins 3 jeux d’avance » et après je garde au moins un écart de 2 jeux.

Utiliser des techniques de relaxation

relaxation express sur le court ©namealus

relaxation express sur le court ©namealus

Si son énervement, a créé chez vous une tension musculaire, rien de mieux que les techniques de relaxation. Attention, encore une fois, la préparation mentale c’est un entraînement. Vous devez vous entrainer à vous relaxer et ne pas espérer que du premier coup, surtout lors d’un match, vous arriviez à relâcher vos tensions. Le plus simple au départ c’est se centrer sur votre respiration et adopter une respiration par le ventre et éventuellement des respirations complètes. Après plusieurs séances de pratique vous pourrez espérer vous détendre pendant un match. (Exemple avec la relaxation progressive de Jacobson qui consiste à contracter et relâcher les muscles. Si vous pratiquez 3x par semaine, vous pourrez assez vite l’utiliser. Par exemple en contractant très fort le poing et en le relâchant pendant un temps de pause).

Il existe d’autres possibilités que propose la préparation mentale pour faire face à la colère d’un adversaire, néanmoins elles dépendent de vous et demandent un travail beaucoup plus approfondi. L’ensemble de ces astuces peuvent également vous servir au quotidien sauf que là au tennis ce n’est qu’un jeu et que du sport… !

Voilà vous avez plusieurs pistes à tester pendant vos entraînements et vos matchs pour savoir quelles sont les meilleures réactions pour vous !

Et vous, comment réagissez-vous face à la colère d’un adversaire? Si vous avez des interrogations à ce sujet, Cindy répondra à toutes vos questions dans les commentaires.

Le site de Cindy Laplace

La page Facebook : Préparation mentale Toulouse

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14 réponses à Que faire face à un adversaire qui crie, geint, râle ou même jette sa raquette lors d’un match de tennis?

  1. Fab dit :

    Bonjour Vincent,
    C’est vrai que l’on peut être déstabilisé par notre propre colère et il n’est pas simple de la gérer mais traiter de la colère de l’adversaire est très original d’autant plus que l’on y est confronté régulièrement. Personnellement , j’y trouve un certain plaisir mais des fois une gêne si sa colère provient d’un excès de chance de ma part mais comme je sais que cela peut tourner, j’essaie d’engranger un capital de points avant qu’il ne retrouve ses esprits.
    A bientôt
    Fab

    • Vincent Bonnin dit :

      Merci Fab pour ton témoignage.

      A mon avis, un adversaire qui s’énerve pour cause d’un excès de chance adverse à quand même des prédispositions à s’énerver pour un autre motif (moi même, il y a quelques années).

    • Merci Fab pour ton commentaire, et la belle illustration d’une des stratégies citées dans l’article. Tu utilises la fixation d’objectif pour te re-centrer sur toi et te permettre de profiter de la colère de l’autre pour gagner un maximum de point.

      Pour rebondir sur ce qu’a dit Vincent, si vous voyez que votre adversaire s’agace de votre « excès de chance », vous pouvez jouer là dessus. Vous pouvez faire des bons coups maitrisés et dans vos réactions faire comme si c’était de la chance pour que cela énerve profondément votre adversaire !

  2. ironman72 dit :

    Salut et merci pour cet article. J’habite Toulouse non loin de Mme LAPLACE.
    Moi je kiffe presque quand le type en face pète un plomb, je sais que cela ne peut être que néfaste pour lui et de mon côté je me tais, je continue sans sourciller. La difficulté serait plus quand l’adversaire se blesse, on peut tomber dans un semblant de peine et relâcher le jeu et se déconcentrer. Par contre une chose est sure, le mauvais esprit et la mauvaise foix semblent de plus en plus présents même et surtout à petit niveau comme le mien.

    • Merci Ironman72 pour ton commentaire.
      Voici une belle illustration d’un joueur qui tire le bénéfice de la colère de l’autre.
      En effet, une blessure on sera toujours plus dans la compassion. Mais attention à vous, il existe des joueurs qui font semblant d’avoir une douleur pour vous « amadouer » et reprendre le dessus. Compatir ne veut pas dire souffrir avec l’autre, du coup vous pouvez être dans la compassion (vous restez « humain », mais néanmoins continuer de jouer car vous êtes là pour ça (et si sa blessure est vraiment grave il peut arrêter) du coup recentrez vous sur vous « ici et maintenant » !

  3. Ahmed dit :

    Bonjour,
    Merci pour cet article super intéressant ! J’en avais vraiment besoin. Ma propre colère, j’ai eu la chance de la dominer depuis longtemps. En revanche, la colère de l’adversaire me déstabilise beaucoup en match et me fait perdre mes moyens lorsque je tape la balle avec un partenaire d’entraînement. Ma seule parade était la fuite, je refuse systématiquement les invitations des partenaires nerveux.

    • Merci Ahmed pour ton témoignage. En effet maitriser sa colère c’est déjà un long parcours alors pour gérer celle de l’adversaire cela peut demander un peu plus de travail.
      Pour l’instant il semblerait que tu utilises sur des stratégies d’ajustements dites d’évitements. Si je peux me permettre, essaye petit à petit de rejouer face à des partenaires nerveux, aux entrainements pour commencer sur quelque échanges (et là essaye de mettre en pratique les outils cités dans l’article), puis éventuellement après en match avec des personnes que tu apprécies, il est dommage de se privé d’un match pour le comportement d’un autre !

      • Ahmed dit :

        Merci pour la réponse. Je ne crois pas être prêt à gérer un nerveux en face de moi. Mon mal semble profond et remonte à mon enfance, ma mère était colérique. Cela m’a traumatisé. À mes débuts je m’énervais aussi, mais c’était plus de la frustration dûe à mon niveau technique. En progressant j’ai constaté que je produisais mon meilleur tennis lorsque je restais calme quoi qu’il arrive. Cela a été comme un déclic pour moi. Aujourd’hui, je relativise et je prends un max de plaisir sur le terrain.

  4. Paul dit :

    Merci Vincent!
    Ton article m’a beaucoup intéressé car j’avais moi même du mal à canaliser ma colère. Quand je joue avec mon coach, ce dernier n’hésite pas à m’envoyer des balles dans tous les sens, gagnant régulièrement des points et surtout cherchant à me mettre en colère. Une fois en colère je perds le contrôle et tous mes moyens. Mais c’est lorsque je me résous de croire que rien n’est fait en pensant à la victoire d’Agassi, que je réussis à gagner des points.

    • Merci Paul pour ton commentaire, ton entraîneur a bien raison d’essayer de te mettre en colère à l’entraînement on dit que c’est de la désensibilisation, il essaye de t’habituer à cette colère pour que tu trouves des réponses aux entraînements pour les retrouver lors des matchs. Un modèle comme Agassi peut être un bon exemple !

  5. Jmm dit :

    Merci pour cet article très intéressant.
    Je n’ai jamais eu trop de souci à gérer les colères de mes adversaires quand j’étais joueur.
    Par contre, aujourd’hui, en tant qu’entraîneur j’essaie de donner des solutions similaires aux vôtres en développant un discours interne positif.
    Pour les joueurs qui n’y arrivent pas et qui ont besoin d’extérioriser ce problème que pose leur adversaire, je leur demande de faire jouer le règlement sportif et de faire intervenir le juge-arbitre. Je leur explique qu’il y a un règlement et qu’il existe pour protéger le bon déroulement de la partie. Il est utilisé pour des problèmes de jugement et doit l’être aussi pour les problèmes de comportement. J’ai fait intervenir des juges arbitres à plusieurs reprises lors de tournée. Et cela a bien fonctionné. Les parties se sont bien terminées…

    • Vincent Bonnin dit :

      Bonjour jm,

      Merci pour ce commentaire qui souligne l’importance d’avoir plusieurs types de stratégies pour faire face à un problème. Faire tout simplement jouer (à bon escient) le règlement s’il y a clairement abus du joueur colérique peut être un bon moyen de se sortir d’une situation perturbante.

      Vincent

  6. Fred-TECLI dit :

    Bonjour Cindy et Vincent.
    La COLERE est une bien vilaine alliée du joueur de tennis débutant, surtout le joueur qui a déjà quelques années d’expérience dans la discipline de la colère, et je suis bien placé pour en parler.
    Pour ma part, j’ai beau chercher d’où vient cette colère sur le court, ou ce qui la provoque, je suis pour l’instant démuni car impossible d’identifier l’origine.
    Quand on a comme qualité intrinsèque que la hargne (d’autres sont souples, relâchés, etc), le challenge de progresser au tennis devient compliqué, et pour ma part limite infaisable.
    Et ce n’est pas dirigé vers l’adversaire, qui lui rempli sa part du contrat, mais bien vers soi-même. C’est gênant pour l’adversaire certes, mais pas autant que pour celui qui la subit, en ce moment je subis…
    Si vous avez des pistes de solutions je vous en remercie…

    • Vincent Bonnin dit :

      Bonjour Fred,

      Merci pour ton commentaire. Il est tout à fait possible d’associer la hargne (voire la rage) sur un court de tennis avec la dose de maîtrise qui permet de la canaliser (exemple Rafa Nadal ou Serena Williams).
      C’est une question de travail mental sur toi (respiration, relaxation express, repérage des signes avant-coureurs) que tu peux effectuer avec un spécialiste (ou avec Cindy qui traite j’en suis sûr, ce genre de cas).
      J’en parlais récemment avec mon ami Mathieu Vielpeau (entraineur de tennis et préparateur mental), il est tout à fait à même d’apporter des solutions concrètes aux joueurs colériques. Je pense que ce peut-être un très bon investissement.
      Après, si tu souhaites approfondir les causes de ta colère (et si besoin), tu peux aller voir un psychologue du sport.

      Je te déconseille, en revanche, d’en parler à un entraîneur de tennis diplômé s’il n’est pas spécialisé dans la préparation mentale. La plupart des entraîneur de tennis sont incompétent dans le domaine et pire que ça, refusent de l’admettre.

      Vincent

      PS: je propose une mini formation gratuite (sur le mental) disponible jusqu’au mardi 17 janvier 2017 en suivant ce lien.

      http://blog-tennis-concept.com/ameliorer-mental-tennis/

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